Les rimeurs du carnaval de Vierves-sur-Viroin
Le château Vierves-sur-Viroin, ancienne forteresse médiévale restructurée en château de type classique
A Vierves-sur-Viroin, on fête Carnaval de la Chandeleur à Mardi gras. Tous les jours, l'obscurité venue, les masqués sortent et hantent le village, excepté le vendredi parce que c'est un jour néfaste. L’apothéose des festivités verra, le jour du Mardi gras, l’immolation par le feu du géant local, un mannequin bourré de paille et de foin du nom de Johan Simon que l’on a hissé sur une remorque tirée par un tracteur. Une omelette au lard réunira ensuite tous les carnavaleux.
Le géant local, de paille et de foin : Johan Simon
Le carnaval de Vierves-sur-Viroin est intimement lié à l’histoire du village. Au 12e siècle, Johan Simon, un bourgeois libre, chercha à s’opposer au pouvoir de Robert II, personnage cruel et seigneur du lieu. Emprisonné, il réussit à s’enfuir et reçut l’aide des villageois. Malheureusement, il fut repris et condamné à être brûlé vif sur la place du village.
Le carnaval de Vierves
Ce n’est donc pas la fin de l’hiver que fête le carnaval de Vierves mais la tragique histoire de Johan Simon. Cet héritage historique traduit l’esprit d’opposition d’une population locale face au pouvoir absolu d’un seigneur.
Les traditions du carnaval de Vierves se transmettent dans les familles, et sont sous la surveillance du Comité, institué depuis le 1er septembre 2015 en ASBL. La mise en place, dès 1975, du carnaval des enfants et l’implication de la Jeunesse de Vierves dans une partie de l’organisation sont les garants de sa bonne transmission.
Les enfants participant au carnaval témoignent de l’importance de la transmission
Une tradition originale de ce carnaval : celle des rimeurs (rimeûs en wallon)
Les rimeûs
Le lundi, veille de Mardi gras, en fin d’après-midi, des jeunes gens vêtus d’une redingote noire et portant chapeau, les rimeûs, se rendent chez les jeunes filles du village pour réciter les petits poèmes en wallon, appelés rimes, qu’ils ont composés quelques jours plus tôt en se racontant ce qu’ils savent sur le vie privée des jeunes filles et en donnant des appréciations sur leurs choix amoureux. Le jour « J », ils transportent avec eux une planche sur laquelle sont fixés des couples de figurines.
Les rimeûs transportent une planche garnie de figurines
Pendant qu’un rimeû entame la rime, un autre rimeû frappe, avec un bout de bois, la poupée sensée représenter la jeune fille concernée. Les autres donnent leur accord en criant « Oyi Oyi », Alors, après avoir trouvé le modèle le plus proche de la réalité, le lecteur commence la rime. Tout ceci se passe devant les parents et des amis, invités pour l’occasion. Bien sûr, dans chaque maison, les rimeûs sont invités ensuite à boire la petite goutte et leur tournée se termine très tard. Lorsque les parents refusent de laisser entrer les rimeûs, ces derniers s’en vont en se moquant de la jeune fille et en disant : c’est qu’elle n’est plus djône fèye !
Cette tradition des rimeûs rappelle le fameux droit de cuissage de certains seigneurs autrefois. Et pour les petites gens de l’époque, le plus efficace pour décourager le seigneur était d’inventer une mauvaise réputation aux jeunes filles.
Cette tradition est toujours vivace. A l’occasion de sa journée « Entendre parler wallon » du 14 octobre, salle du Richat à Fromelennes, Ardenne wallonne a invité un jeune rimeur, Lucien Mélon, pour faire revivre pour vous cette tradition originale de la rime pratiquée au carnaval de Vierves.
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