La période « glorieuse » de l’imprimerie Lauth à Givet
Panneau publicitaire
Henri Lauth est né en 1855 à Mulhouse. En 1871, pour ne pas devenir allemand, il part dans les Ardennes où il exerce d’abord le métier de forain, puis il est embauché par l’imprimerie Fortant de Charleville. En 1885, grâce à l’aide de Jules Gilbert qui lui prête 5 000 francs-or, il crée une petite imprimerie à Givet, rue d’Estrées, près du pont. Ses premiers travaux sont bien entendu destinés aux crayons Gilbert. A l’étroit dans son premier atelier, Henri Lauth s’installe en 1888, quai des Fours, dans une belle et grande bâtisse du début du XVIIIème siècle (actuellement Hôtel Val Saint-Hilaire).
Hôtel Val Saint Hilaire
L’imprimerie va rapidement prospérer grâce à l’esprit d’entreprise d’Henri Lauth. Outre les étiquettes pour tout usage, l’entreprise se spécialise dans la fabrication de tableaux réclames, d’objets publicitaires, en particulier pour les apéritifs Byrrh. Ces articles partiellement recouverts de dorure requièrent une main d’œuvre nombreuse qui travaille souvent à domicile. Tous les jours, un ouvrier, avec une charrette à bras tirée par des chiens, apporte les travaux à exécuter et récupère ceux terminés.
Charrette à bras devant l’imprimerie Lauth
La maison Lauth a des clients dans toute la France et emploie 150 ouvriers, dont 100 femmes. L’imprimerie va étendre son champ d’activité à la lithographie où des artisans dessinateurs gravent dans le calcaire tendre des motifs d’une grande finesse pour publicités locales, cartes postales lithographiées, étiquettes variées.
Pierres calcaires pour lithographie
Cependant cette période faste va être marquée par deux évènements dramatiques. Le 10 mars 1902, en pleine nuit, un incendie provoqué par un poêle ravage les ateliers. Les dommages sont importants mais l’activité n’est pas arrêtée.
Le Petit Ardennais du 12 mars 1902
En février 1910, aucun Givetois n’a oublié les inondations qui ont fait de grands dégâts. L’eau a bien entendu envahi l’imprimerie située en bord de Meuse.
Inondation 1910
En 1908, Henri Lauth cesse son activité et se retire à Houyet, où il a fait construire une villa cossue. Quatre fils (Léon, Noël, Gaston, Edmond), et un gendre (Arthur) dirigent l’entreprise.
A la guerre14-18, la famille se réfugie à Nantes, laissant l’imprimerie sous la surveillance du contremaître en chef, Emile Goetz. Vers la fin de la guerre, les Allemands s’apprêtent à envoyer en Allemagne tout le matériel d’imprimerie. Ils n’en ont pas le temps. A son retour d’exode en 1920, la famille va le retrouver rouillé, inutilisable. Henri Lauth meurt à Nantes quelques jours après la victoire.
Les fils d’Henri Lauth et le gendre se constituent en société « Lauth Frères ». Mais l’époque a changé : fini le temps des tableaux-réclames rehaussés de dorures ! La maison se spécialise dans les étiquettes gommées pour les brasseries, cidreries, fromageries, boulonneries. La clientèle va se limiter à la région Champagne-Ardenne. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’imprimerie fonctionnera avec 30 ouvriers. En août 1945, elle investit dans l’achat d’une rotative Offset.
Son client le plus important est la filature Buirette de Suippes pour laquelle elle imprime les bandelettes qui entourent les pelotes de laine. En 1959, la fermeture de la filature Buirette, qui doit 9 millions de francs à Lauth, signe le déclin définitif de l’imprimerie qui vivotera jusqu’au 1er avril 1968. Le bâtiment est vendu aux « Coopérateurs » qui envisagent d’en faire un grand magasin. Le projet restera sans suite.
FM
Carton publicitaire Lauth pour le Kalméol, élaboré à Sedan
Soyez la première personne à réagir
Aucun sondeage disponible
Notre revue Ardenne Wallonne c'est la référence indispensable pour les férus d'histoire locale, mais aussi pour les enseignants, les élèves, les chercheurs... Sans oublier les municipalités et leur bibliothèque..