Vallée de la Meuse charbonnière, région de Liège, décembre 1930 :
sans doute le premier cas d’un lien
entre pollution atmosphérique et effet sanitaire :
60 morts, des milliers de personnes indisposées, des dizaines de bêtes asphyxiées.
Nous remercions Messieurs Jean-Michel Devresse d’Auge et Michel Jaumotte d’Aubrives, fidèles lecteurs de notre revue et de notre Infolettre du lundi, de nous avoir communiqué cet article de David Larousserie paru dans Le Monde du 11 février 2017. Le journaliste évoque l’ouvrage de l’universitaire Alexis Zimmer « Brouillards toxiques ».
Impression de déjà vu
Alerte à la pollution, brouillards persistants plusieurs jours, abondance de particules fines, gêne respiratoire, précautions pour les personnes fragiles, restrictions diverses… Ces épisodes rappellent quelque chose : Paris ? Pékin ? Vallées alpines ? Non, vallée de la Meuse, côté belge, en décembre 1930. Pour ce qui est sans doute le premier cas d’un lien entre pollution atmosphérique et effet sanitaire : 60 morts, des milliers de personnes indisposées, des dizaines de bêtes asphyxiées. C’est cet épisode sans doute méconnu qu’analyse brillamment Alexis Zimmer, chercheur en postdoctorat à l’université Paris-VII, dans ce livre, version remaniée de sa thèse.
La région de Liège touchée par cette catastrophe écologique
Rapidement, après la description pointilleuse du fait divers, il évacue toute controverse. La catastrophe a bien eu lieu et elle n’est pas due à un accident industriel ayant libéré un gaz toxique. La conjonction de la météo et des émanations de particules des nombreuses usines au charbon concentrées dans cette vallée est responsable des affections respiratoires et des « brûlures » sur les végétaux. Peut débuter alors la dissection méthodique des multiples dimensions de cette situation : historique, administrative, technique, biologique et même géologique ou chimico-physique, avec de très belles pages sur le charbon et la formation des brouillards.
Louise était jolie
Louise avait 20 ans
Elle revenait du bal
Elle était une enfant
À la mémoire de la soixantaine de morts, jeunes et âgés d'Amay, d'Engis, de Flémalle et de Seraing,
victimes de l'accident atmosphérique de décembre 1930 dans la grande région engissoise.
« Toute entreprise humaine, fût-elle industrielle, est susceptible de perfectionnement ! »
Industrialisation et premiers smogs
Côté histoire, le saut en arrière, jusqu’au milieu du XIXe siècle et les premiers smogs, aux racines de l’industrialisation de la région, est cruel tant des scènes ressemblent à des situations contemporaines. Habitants et élus s’opposent vivement à l’installation d’usines polluantes à coups de manifestations et pétitions et sont souvent méprisés par les décideurs. Le recours à la police est même nécessaire et des affrontements font des morts et des blessés. Un pharmacien mène ses propres enquêtes, anticipant les figures de lanceur d’alerte et de citoyen scientifique. Le chantage à l’emploi est un argument qui circule beaucoup, alors même que des usines n’ont pas toujours les autorisations pour produire. Des experts sèment le doute en invoquant les effets positifs des émanations chimiques. Des recommandations innovantes sont proposées et aussitôt enterrées…
L’auteur perce cette intrication entre météo, industrie et population. Il dresse un constat sévère à l’encontre des experts, frileux à questionner les raisons profondes de cette situation (une industrialisation menée tambour battant, sans contrôle, avec le soutien inconditionnel des pouvoirs publics) et à proposer les remèdes en conséquence. Les experts et les décideurs sont prisonniers de règles et pratiques industrielles, dont ils ne peuvent s’extraire. Comme dans un brouillard empêchant de trouver d’autres solutions.
Toujours cruel, l’auteur rappelle que les usines de la Meuse ont peu à peu été démantelées et… reconstruites en Chine.
Article de DAVID LAROUSSERIE pour Le Monde du 11 Janvier 2017
Le 28 Août 2023 à 14:09:34
Livre brillant qui montre que cette catastrophe est appelée à se répéter avec les émanations de 6 centrales électriques à gaz fossile (2 Angleur, 2 vieilles Val, 2 nouvelles aux Awirs et au Val St Lambert), l usine Prayon et d autres.
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