La colonie d’Anseremme
Par Françoise Ménagé
Anseremme, vue générale
C'est vers la moitié du XIXe siècle que les ressources naturelles de la Haute-Meuse deviennent but touristique, à Dinant dans un premier temps. A cette époque, bon nombre d'intellectuels, peintres, écrivains, naturalistes et autres, se passionnent pour la région dinantaise, nous laissant en héritage nombres de descriptions scientifiques, de proses d'auteurs, de peintures, gravures, aquarelles et lithographies, évoquant les versants boisés et les massifs rocheux de la vallée mosane.
Et c'est à quelques kilomètres de Dinant que se réunit le groupe d'artistes, "la Colonie d'Anseremme", dont le plus célèbre de ses membres est le peintre et aquafortiste belge Félicien Rops.
Avec la mise en service de la ligne ferroviaire Namur/Givet (1862-1863), cette partie de la vallée mosane, appelée parfois "Petite Suisse", sera arpentée par une multitude d'excursionnistes, en mal de sensations fortes, et qui ont de l’argent et du temps à dépenser.
"Au Repos des Artistes"
L’auberge d’Auguste Boussingault
Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, à Anseremme, village situé au confluent de la Meuse et de la Lesse, les artistes de « la colonie d’Anseremme » tiennent leur quartier général à l’auberge d‘Auguste Boussingault. En 1860, elle sera renommée "Au Repos des Artistes" et ce sont ses clients, Félicien Rops, Théodore Baron, Maurice Hagemans, qui peindront sa nouvelle enseigne. On y festoie, on s’encanaille. Il arrive parfois que pour payer leurs chambres ou leurs consommations, les artistes peignent sur les portes de l'établissement.
L’enseigne de l’auberge « Au Repos des Artistes
La Colonie d'Anseremme se rassemble pour d'agréables divertissements nautiques mais également pour des échanges animés entre peintres, dessinateurs, écrivains. On y côtoie Maurice Hagemans, Hippolyte Boulenger, Louis Thévenet, Emile Verhaeren, Baron des Ombiaux. . . parmi lesquels Rops fait figure d'animateur.
Photo des artistes sur l’Ile d’Amour
Une photo faite par Armand Dandoy en 1872 sur l'île de Noyon-Pré, rebaptisée « l'île d'amour », montre les artistes en canotier et les dames en longue robe, en train de passer du bon temps. Félicien Rops, en maillot rayé, est assis à gauche, en bas du cliché¸ près du bateau « Pigeon vole ».
Félicien Rops
Portrait de Félicien Rops
Issu d'une famille catholique namuroise, Félicien Rops (1833-1898) va mener une vie atypique entre sa ville natale, Namur, le château de Thozée (à 30 kms de Namur), et à partir de 1860 entre Bruxelles et Paris où il s’installera définitivement vers 1874. Il mourra dans sa maison d’Essonnes (aujourd’hui Corbeil Essonnes)
Ses relations avec la Belgique n'en sont pas pour autant négligées. Il fonde plusieurs sociétés dans le but de développer la modernité en art telle qu'il l'entend. En1868, il participe à la fondation, à Bruxelles, de la Société libre des Beaux-Arts dont il deviendra le vice-président entre 1870 et 1876. Entre 1869 et 1871, à Bruxelles toujours, il crée la Société internationale des Aquafortistes qui contribue au renouveau de la gravure.
Féru de sport, Rops fonde en 1862, à Namur, le Royal Club Nautique de Sambre-et-Meuse où se pratique de l'aviron. Le club participera à de nombreuses régates et remportera à Paris le prix de l'Empereur en 1864.
C’est par la rame et le canot qu’il rejoint et découvre Anseremme, à côté de Dinant. Il y invite, à l’auberge « Au Repos des Artistes » face à l’Île d’Amour avec lesquels il partage la passion de la peinture en plein-air et des fêtes champêtres.
La Plage de Heyst (Félicien Rops)
Par le dessin, l’aquarelle et toutes les techniques de la gravure, il y explore les bas-fonds, les mœurs et la politique de son temps de manière acide et narquoise. Parfois jusqu’au sulfureux, ce qui fit et fait son succès.
Mais, dès qu’il quitte les grandes villes, Rops oublie ses « classiques » : pas le moindre nu, la moindre perversion dans ses taillis, ses sous-bois ou ses marines.
Pornocratès (ou Femme au cochon ou Dame au cochon)
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